Premier voyage du président Emmanuel Macron au Mali : premier impair ?

Son premier déplacement hors Europe, le plus jeune président de la cinquième République l’a réservé aux armées françaises dont il est aussi le chef suprême. Le candidat à la présidentielle avait promis lors de sa campagne que sa première visite serait réservée aux troupes françaises en opérations extérieures. Après le traditionnel voyage à Berlin de tout président français élu de ces dernières années, le choix d’Emmanuel Macron s’est porté sur les soldats de l’opération Barkhane basée à Gao, principale ville du nord du Mali.

Le respect des aînés

Pour gagner l’élection présidentielle en France, Emmanuel Macron a grillé la politesse à tous ses aînés, et pas des moindres. Personne ne connaissait son nom avant qu’il entre au cabinet de François Hollande comme conseiller en 2012. Il est ensuite devenu ministre dans le deuxième gouvernement de Manuel Valls. Avant de lancer le mouvement En Marche, dont il a été le candidat à la récente présidentielle, avec le résultat que tout le monde connaît. C’est une première sous la cinquième République. Une performance unanimement saluée, malgré la transgression évidente des règles tacites de la politique française. Cela dit, toutes les transgressions ne sont pas bonnes à prendre. Le fait que le président français ait choisi d’aller directement à Gao, sans passer par Bamako, en est une. Au-delà de la frustration  que peuvent ressentir les Maliens et Français de Bamako qui auraient apprécié que le président fraîchement élu et investi vînt goûter à leur sens de l’hospitalité, il y a aussi le fait qu’elle oblige son homologue et non moins aîné (au poste et au compteur biologique) Ibrahim Boubacar Keïta – à voyager pour le recevoir.

Honorer ses promesses de campagne ne peut pas être perçu comme du communautarisme. En revanche, le faire sans se préoccuper de la manière peut être assimilé à un impair. Le premier impair du Messi/messie (c’est selon) de la classe politique française.

Bamako après/comme Berlin

Si la tendance se confirme, Bamako sera en Afrique ce que Berlin est en Europe pour les présidents français en début de mandat : une destination incontournable. A une différence près, et elle est de taille. Berlin est la capitale de l’un des deux poumons de l’économie européenne. Quant à Bamako, c’est la capitale d’un vaste pays que la France essaie de sauver du péril djihadiste depuis maintenant quatre ans. Dans l’un des cas de figure l’on est dans un rapport d’égalité entre partenaires, dans l’autre il y a la main qui donne et celle qui reçoit. La main qui donne peut souvent se permettre des écarts de comportement, voire des écarts de langage, à l’instar de Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar.

L’autre main, dans sa posture de dominée, doit essayer de rester digne. Même quand son président est traité comme un vulgaire gouverneur général de la période coloniale. Je ne veux pas jouer les Cassandre quant à la politique d’Emmanuel Macron en Afrique, cependant je vais esquisser une proposition. Qu’il essaie de mettre la forme, sinon le fond sera pris et attaqué pour ce qu’il est (ou n’est pas) : la permanence d’une certaine arrogance française en Afrique.

La fin de la françafrique

Les Africains aimaient bien les bains de foule de François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande, pour n’en citer que trois. Pourtant ils exigeaient – et exigent toujours – la fin de la françafrique du Franc CFA, des bases militaires françaises et des accords de coopération opaques. Le temps d’un bain de foule dans leurs capitales, ils mettaient ces revendications légitimes en sourdine pour donner et recevoir de la chaleur humaine. Le président Macron a dans son équipe Sibeth Ndiaye qui a crevé l’écran lors de la diffusion du documentaire sur l’ascension du Mozart de l’Elysée. Il a un garde du corps noir. En revanche, pas de ressortissant d’Afrique subsaharienne dans le premier gouvernement d’Edouard Philippe, son Premier ministre. Le président prive les semblables de Sibeth Ndiaye et de son garde du corps à la fois de chaleur et d’estime. Son prochain voyage africain sera probablement au roi du Maroc Mohamed VI. Le royaume chérifien vient d’effectuer son retour au sein de la grande famille de l’Union Africaine et souhaiterait désormais rejoindre le groupe des pays de l’Afrique de l’Ouest. Il en connaît un rayon sur les négociations avec les dirigeants des pays d’Afrique subsaharienne. Lors de la COP 21, le roi du Maroc Mohammed VI avait montré à quel point le parallélisme des formes doit être respecté avec lui.

Si pour son deuxième déplacement en Afrique… de l’Ouest (Maroc), le président Macron devait réitérer la bourde de Gao, il ne fait aucun doute que la pilule passerait très mal cette fois-ci.

Louis Keumayou

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4 commentaires sur “Premier voyage du président Emmanuel Macron au Mali : premier impair ?

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  1. Les rapports entre les États africains et la France sont des rapports « d’États à État » et non les rapports « d’États à Macron. Que les Africains arrêtent de rêver … , il n’y aura aucun changement réel en profondeur entre la France et les États Africains.

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  2. ce n’était pas une visite aux maliens mais à l’armée française installée au Mali… à partir de là on est fondé à penser qu’il n ya pas eu d’impair mais respect d’une promesse électorale… au Maroc ça sera autre chose mais attention on surveille de près du côté d’Alger les faits et gestes du visiteur d’avant les élections…

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  3. Et si tout simplement en tant que Chef suprême des armées, il se devait de rendre visite aux forces françaises déployées en Afrique. Oui, bien sûr, pourquoi le Mali en premier? Mais n’est ce pas là qu’il y a eu le plus de morts parmi les troupes françaises…sans compter la multitude de Maliens déplacés ou tués!!!!!! Plus que l’uranium qui est au Niger, je crois à ce stade que Macron est encore dans la posture présidentielle qu’il doit endosser d_s sa prise de fonction. Espérons qu’l tirera de cette visite les bons enseignements (et renseignements!)

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  4. Emmanuel Macron est angélique de l’extérieur et vicieux, voir méprisant de l’intérieur. Aujourd’hui il essaie et réussit à siphonner les partis politiques traditionnels pour avoir un parti unique (REM) face aux extrêmes. Il oublie une chose, son ascension va réveiller des envies de faire de la politique à tous les jeunes, et c’est un autre jeune qui viendra le siphoner.
    La manière dont il nous a été imposé (par le faiseur de roi : Jacques Attali continue à susciter des interrogations. ..)
    Pourquoi aller à Bamako ? Ce n’est pas intéressant pour lui , il va à Gao (l’autre département de la france) pour s’assurer que les intérêts de la France sont bien défendus. ..!!
    Ce n’est pas pour les maliens que la France se bat, c’est pour ses intérêts (uranium) et surtout ne nous faites pas croire le contraire. La question est celke-ci : à quand les intérêts de l’Afrique en France ????

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