Afrique : cinquante nuances de démocratie

Cette fin d’année est très électorale sur le continent africain. D’un pays à l’autre les expériences sont différentes, mais les pays sont globalement perçus de la même manière par la presse et les médias occidentaux. Pourtant il existe des nuances qui méritent d’être relevées.

Les résultats provisoires de l’élection présidentielle au Burkina Faso viennent d’être proclamés par la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Selon ceux-ci, sur les treize candidats en lice, c’est le président sortant Roch Marc Christian Kaboré (57,87% des suffrages exprimés), qui arrive en tête de la course, devant Eddie Komboïgo (15,48%) et Zéphirin Diabré (12,46%).  En attendant la proclamation des résultats définitifs, c’est la réaction des candidats de l’opposition et de leurs partisans qui est scrutée. Ils ont pris acte de la victoire dès le premier tour du candidat du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès), tout en se réservant le droit de la contester par les voies légales. Si cette position est maintenue, le pays des hommes intègres échappera à une crise post-électorale annoncée par certains observateurs de la vie politique des pays du Sahel. Dans le contexte de l’élection présidentielle américaine où les résultats proclamés restent contestés par le président sortant, l’attitude de l’opposition burkinabè est à saluer. L’autre fait marquant de cette élection, c’est le score du candidat du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, le parti de l’ex-président Blaise Compaoré), qui avait été écarté des élections de 2015.  Il est arrivé que des affaires de justice écartent de façon opportune des candidats qui estimaient avoir toutes leurs chances de diriger la France : Dominique Strauss-Kahn et, dans une moindre mesure, François Fillon et Nicolas Sarkozy, dont les candidatures ont été parasitées par les affaires politico-judiciaires. Tout récemment en Côte d’Ivoire, le rejet des candidatures de Laurent Gbagbo (ancien président de la République) et Guillaume Soro (ancien allié du président Alassane Dramane Ouattara) avait défrayé la chronique.

Dans la perspective de la présidentielle à venir au Niger, le dossier de candidature de Hama Amadou a été invalidé pour des questions de justice. Une partie de ses militants et une partie de la société civile semblent persuadées que la justice nigérienne a été instrumentalisée par le parti au pouvoir pour écarter un candidat qui aurait pu remporter cette élection. Hama Amadou est un acteur majeur de la scène politique nigérienne. S’il était resté dans la course, la présidentielle aurait probablement eu une saveur particulière. Cela dit, sa condamnation remonte à au moins trois ans. Il était au courant des conséquences néfastes de cette décision de justice sur sa candidature. Au-delà de ce rendez-vous manqué, le Niger est en train de prouver que la démocratie dans les pays africains n’est ni parfaite, ni uniforme. Alors que ses homologues dans des pays voisins ont utilisé un tour de passe-passe juridique pour contourner la limitation constitutionnelle des mandats, Mahamadou Issoufou a tenu sa promesse. Il n’a pas cédé à la tentation du troisième mandat. Le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et la Guinée sont des pays africains. A défaut d’être démocratiquement identiques, ils nous prouvent à quel point l’on ne doit pas faire la fine bouche lorsqu’il s’agit de saluer des pas dans le sens de la démocratisation des pays africains. Ils n’effectuent peut-être que de petits pas pour les vieilles démocraties mais, à l’échelle africaine, ce sont des pas significatifs dans la marche vers une démocratie apaisée. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989, le continent africain servait de terrain d’affrontement idéologique entre les pays du Pacte de Varsovie (camp des pays communistes) et ceux de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord, camp des pays capitalistes). Chacun des deux camps soutenait, comme vous pouvez le lire en page 18 de ce document, son « salaud » à la tête des pays, au mépris de la volonté populaire, dès lors qu’il proclamait son allégeance. Dans les anciennes colonies françaises, ce soutien se matérialisait à travers la françafrique. Depuis une quinzaine d’années, les présidents français semblent vouloir tourner la page de cette politique considérée par les nouvelles générations comme néocoloniale. La saison des changements est ouverte.

Louis Magloire Keumayou

Compte Twitter : @keumayou

Président du Club de l’Information Africaine,

Co-auteur de « Togo – Une démocratie en construction » (éditions Michel Lafon)

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